Lenaïg Besnard

Pouvez-vous vous présenter ? Quel a été votre parcours jusqu’à aujourd’hui?
Je m’appelle Lenaïg Besnard et je suis régisseuse au Théâtre 13 depuis deux ans. Après un bac littéraire, une année de licence d’art du spectacle et une remise à niveau scientifique, je suis rentrée en DMA régie du spectacle, option lumière. J’en suis sortie diplômée et j’ai essayé de travailler. Je n’ai pas réussi à avoir un statut intermittent la première année et j’ai donc postulé pour un contrat aidé à l’opéra de Massy. J’ai été technicienne là-bas pendant deux mois et demi. Ensuite, il y a eu l’annonce pour être régisseuse scène au théâtre 13 et comme je commençais un peu à m’ennuyer à l’opéra de Massy, j’ai postulé.

Comment êtes-vous arrivée au milieu théâtral ?
Ce n’est pas le théâtre qui m’attirait le plus. J’ai d’abord fait du cirque entre l’école primaire et le lycée. Sur la fin, on était un petit groupe de plusieurs élèves qui étaient là depuis plusieurs années et on a créé des spectacles. Les animateurs nous faisaient réfléchir sur tous les aspects du spectacle: le jeu, les numéros, les agrées, la lumière, le son… Ça m’a permis de découvrir les côtés techniques d’un spectacle que je ne connaissais pas du tout, en particulier le rôle de la lumière. C’est pour ça qu’arrivée en terminale, j’ai pensé que la lumière pourrait m’intéresser. Quand j’étais en licence d’art du spectacle, j’ai fait une initiation à la lumière de trois jours au Jardin moderne. Ils nous apprenaient les bases et le dernier jour, on faisait les lumières en direct d’un concert. Ça m’a confortée dans l’idée que c’était ce qui me plaisait.

Donc si vous ne travailliez pas dans un théâtre, vous seriez plutôt cirque ?
Oui, parce que j’ai découvert le spectacle vivant par le cirque. C’est pendant ma formation en DMA que j’ai vraiment vu beaucoup de théâtre et que je me suis intéressée à ça. Le DMA, c’est un diplôme des métiers d’art donc en plus de la technique, il y a une dimension culturelle, spectacle vivant en général. On allait donc voir des spectacles toutes l’année et sur deux ans, j’ai vu environ un spectacle par semaine. Mais c’est vrai que j’aimerais bien revenir au cirque, c’est de là que tout est parti. Et ce que j’aimerais beaucoup faire, c’est de la création : suivre tout le processus de création et intégrer les lumières sur le spectacle.

Que faites-vous sur une exploitation de théâtre ?
Il y a plusieurs régies: d’accueil qui est ce que je fais ici, de tournée quand tu accompagnes une compagnie et régie en étant intermittent quand tu n’es pas rattaché·e ni à un théâtre, ni à une compagnie. Ce qu’on nous apprend, c’est que dans un théâtre, il y a toujours un·e régisseur·euse permanent·e qui connait le lieu et qui accueille les compagnies. Et les intermittents sont appelés en renfort. En tant que régisseur·euse en permanence dans un théâtre, on fait de l’accueil : on reçoit les compagnies de théâtre. Ils voient ce qui est possible dans notre salle et on regarde comment adapter leur spectacle. Ensuite, on fait le montage d’après l’adaptation qu’ils ont faite : on monte les lumières, le décor, le son, la vidéo…. Il arrive que les compagnies ne viennent pas avec leurs régisseurs et dans ce cas, nous devons apprendre et faire la régie du spectacle chaque soir. A la fin de l’exploitation d’un spectacle, on démonte tout le matériel et on range le théâtre.

Y a-t-il une scénographie que vous avez particulièrement aimée faire, monter ou voir ?
Sun, c’était de la danse et les lumières étaient vraiment très belles. Il y avait des ampoules à nus en quadrillage sur toute la surface du plafond. Celui qui s’occupait de la lumière devait avoir un logiciel de matriçage parce qu’il faisait énormément d’effets différents avec les ampoules. Il y avait également un gros travail sur le son, ils utilisaient les basses pour faire vibrer le corps des spectateurs. Ce spectacle m’a marquée, il n’y avait pas un moment où ça aurait pu être mieux.

Vous sentez-vous légitime dans votre travail, par rapport à vos collègues masculins ?
Oui, carrément ! Je n’ai jamais vraiment eu de soucis avec les mecs dans le boulot. Je pense aussi que je ne suis pas mal tombée. Il y a des petites remarques, quand il y a des choses lourdes à porter mes collègues viennent directement vers moi mais, pour ma part, ça n’a jamais été plus que ça. Par contre, j’ai une amie de DMA qui s’est vraiment énervée parce que tout le monde voulait faire les choses à sa place alors qu’elle pouvait très bien le faire. Je pense aussi à une régisseuse plateau, dans un théâtre où j’avais fait un stage, dont les collègues n’avaient pas été cools avec elle mais elle ne s’était pas laissée faire. Je pense que la régie plateau est la régie la plus macho parce que c’est très manuel : ils font du montage de décor et déplacent donc pas mal de matériel assez lourd. Mais les mentalités sont en train de changer depuis plusieurs années. Il y a de plus en plus de filles dans le milieu du spectacle et le matériel qu’on utilise est beaucoup plus léger qu’avant grâce aux progrès techniques. Avant, des projecteurs pouvaient peser 50kg alors qu’aujourd’hui, c’est maximum 20kg.

Mis à part les petites remarques, on ne vous a jamais fait comprendre que ce n’était pas un travail pour vous ?
Non, heureusement! En tout cas, je ne l’ai pas ressenti. Je savais que j’allais travailler dans un milieu d’hommes et je n’ai jamais eu de moments où je me suis dit : « merde, il faut que je change de boulot ».