Madeline Giret

Pouvez-vous vous présenter ? Quel a été votre parcours jusqu’à aujourd’hui ?
Je m’appelle Madeline. J’ai commencé par un BEP métiers de la mode pendant deux ans pour ensuite faire un bac
professionnel des métiers de la mode, option productique. Ce n’était pas dans le milieu théâtral mais vraiment pour travailler en entreprise au niveau de la production. J’ai fini mes études par un BTS modéliste, deux ans aussi, et là, c’était plus technique au niveau des vêtements et des costumes.

Le théâtre, c’était un hasard ?
Oui, vraiment. Une amie qui travaillait dans un théâtre m’a dit qu’ils cherchaient une costumière habilleuse et m’a proposé le poste. J’ai passé l’entretien et j’ai été prise tout de suite alors même que je n’avais jamais travaillé comme habilleuse. C’était une première pour moi. J’ai tout appris sur le tas. Ils m’ont donné ma chance pour travailler dans un théâtre, sachant que je n’avais pas du tout d’expérience.

Vous n’aviez jamais pensé à travailler dans un théâtre, alors ? Ce n’est pas ce qui vous faisait envie ?
Je pensais vraiment travailler dans le costume, être costumière, faire vraiment les costumes de A à Z.
Mais là, habilleuse, c’est autre chose. On touche quand même à la couture mais je n’aurais jamais pensé faire ce métier un jour.

Justement, en quoi consiste le métier d’habilleur·se ?
En tant qu’habilleuse, je m’occupe des costumes sur un spectacle. D’abord, je les réceptionne et ensuite, il y a tout le côté entretien : lavage, repassage, etc. Il faut de fois faire de la couture, réparer s’il y a un trou. Je suis aussi là sur le plateau, derrière, pour les changements rapides.
Et c’est moi qui prépare les loges pour les comédiens et comédiennes.

Quand vous avez annoncé que vous alliez travailler dans le domaine théâtral, est-ce que des gens vous ont dit que c’était un métier trop difficile ?
Ce n’est pas la majorité, mais quelques personnes m’ont dit « c’est très dur ce métier, très dur d’avoir son intermittence du spectacle ». Et en effet, je trouve que c’est très dur d’avoir son intermittence. Il faut vraiment beaucoup travailler et faire les démarches. Mais il y a aussi le bouche à oreille, et des fois, on t’appelle sur un projet, ou un théâtre t’appelle. C’est aussi comme ça qu’on se fait ses contacts et qu’on a du boulot. Ça marche beaucoup au réseau.

Est-ce que vous avez eu l’impression de devoir vous imposer plus que d’autres dans le milieu, parce que vous êtes une femme ?
Pas forcément non. Au contraire, même. Dans le théâtre où je travaille, ils sont contents d’avoir des femmes parce qu’ils sont beaucoup d’hommes. Ça dépend dans quel théâtre on tombe, dans quelle équipe mais je sais que je suis un théâtre où ils te mettent vraiment à l’aise et ils ne font pas la part entre la femme et l’homme. C’est égal. Ça m’arrive d’aider les hommes sur le plateau à la fin du spectacle et ils ne vont pas du tout me mettre de côté. Le plus important, c’est l’expérience.

Que pensez-vous de la visibilité qu’on accorde au métier de costumier·ère et d’habilleur·se ?
C’est un peu la dernière roue du carrosse. On est un peu mis de côté de temps en temps. Mais encore une fois, ça dépend de la compagnie ou du théâtre avec lequel on travaille. Il y a des compagnies qui vont prendre ce métier vraiment comme n’importe quel autre métier – en même temps c’est comme un autre métier – et qui vont te remercier pour tout ce que tu fais. Et il y en a d’autres qui vont te mettre à part et dans ces moments-là, on peut se sentir bon·ne à rien. Je trouve ça dommage de voir que ce métier soit souvent oublié. Sur certains spectacles, on peut se passer d’habilleuse parce que les comédiens et comédiennes peuvent faire ce boulot, et aussi parce que ça manque de budget. Mais oui c’est dommage. Sur certains spectacles, j’ai l’impression d’être là mais… Des fois on arrive au théâtre, les vêtements sont déjà lavés donc on n’a pas grand-chose à faire.

Vous parliez de budget. Est-ce que ça vous ait arrivé de devoir vous limiter dans votre travail à cause du budget ?
Oui. J’étais assistante costumière dans une petite compagnie et il y avait vraiment peu de budget. Tout était vérifié, tout était calculé. Ils privilégiaient surtout d’autres catégories par rapport aux costumes. Je travaille beaucoup avec des petites compagnies donc le budget est souvent limité. Mais ça ne me décourage pas. Quand on ne peut pas faire ce qu’on veut, on trouve une autre solution. On trouve des choses à petit prix, on fouille. Il arrive que les compagnies se prêtent des costumes entre elles.

Quand vous êtes costumière, et pas habilleuse, est-ce que vous avez une liberté de créer ce que vous imaginez ou alors il faut faire vraiment en fonction du ou de la metteur·se en scène ?
Ça dépend. Là où j’ai travaillé, le metteur en scène avait ses idées. La costumière en a rajouté d’autres et c’est au fur à mesure que les costumes sont nés. Après, ils en parlent pendant la construction du spectacle. Dans ces cas-là, le ou la costumier·ère a un poids important.

Est-ce que vous auriez un souvenir marquant dans le domaine théâtral ? Une expérience qui vous vient en tête ?
Il y en a plusieurs. Je pense à une expérience en particulier. Je travaillais dans une assez grande compagnie de Nantes avec un costumier. Il y avait une dizaine, même quinzaine de vêtements. C’était des grands peignoirs en éponge avec des capuches trempés qu’il fallait congeler. Donc on les a mis dans une chambre froide qui était sur le plateau et les comédiennes les sortaient au fur et à mesure. C’était énormément de boulot, même avant et après le spectacle mais ça a été une bonne expérience.
C’est aussi ça que j’aime dans mon métier : on ne s’ennuie jamais. Il y a toujours des nouvelles choses à faire, ce n’est jamais pareil. Et on a aussi la chance d’assister à des spectacles et de voir quand on a donné sa touche personnelle.