Manon Ouvrard

Pouvez-vous vous présenter ? Quel a été votre parcours jusqu’à aujourd’hui?
Je suis Manon Ouvrard et je suis directrice technique de la Maison des Métallos depuis un an, après avoir été régisseuse générale et régisseuse adjointe. Avant ça, j’ai travaillé au Kremlin Bicêtre en régie géné- rale et j’ai été intermittente en régie lumière. Pour apprendre tout ça, j’ai fait un Diplôme des Métiers d’Art en régie générale – option lumière à Nantes, qui est un des rares diplômes d’état pour la technique. Ce qui peut être rigolo, c’est de savoir comment je suis arrivée en technique : j’étais en fac de droit, je faisais partie de beaucoup d’associations et je voulais travailler dans le milieu culturel. J’avais demandé un stage dans une salle de concert. Pendant ce stage, je devais faire une semaine en technique, une semaine dans les bureaux, découvrir un peu tous les postes et j’ai finalement fais trois mois en technique. Après ça, pendant ma fac de droit, j’ai fait énormément de stages dans des salles de concert et de spectacle et il y a un moment où c’est devenu mon métier. C’est vraiment une passion.

Pourquoi le théâtre en particulier ?
Ça s’est fait un peu par du hasard. Je n’ai pas de préférence entre concerts, danse ou théâtre mais ce qui m’a plu à la Maison des Métallos, c’est vraiment le projet qui est porté par l’établissement. Après, si ça avait été une autre salle de spectacle ou de concert, avec un autre projet, ça aurait pu m’intéresser aussi. Je ne suis pas du tout fermée.

Quel est le travail d’un·e directeur·rice technique ?
En tant que directrice technique, j’ai différentes missions. Je m’occupe de la maintenance du bâtiment, donc de sa gestion et de son entretien : une fuite dans les toilettes, une peinture à refaire… Je gère également la sécurité incendie, ce qui se traduit par énormément de vérifications : je fais vérifier tout ce qui est extincteur, désenfumage, pas mal de choses comme ça. Après, je m’occupe de tout ce qui est planning technique. Pour faire un spectacle, il faut de la technique – le son, la lumière, la vidéo, les costumes, le plateau… Et moi, je prévois tout le personnel qui va s’occuper de ça. Je décide également si un spectacle rentre dans notre salle et si oui, j’organise tout, je planifie, je budgète. Et sur le terrain, je confie le spectacle à des régisseurs généraux. Il y a également toute une dimension de prévention des risques : je rédige le document unique et s’il y a un risque dans l’entreprise, je le pointe et je vois comment on peut faire pour qu’il n’y ait pas d’accident.

Qu’aimez-vous dans votre métier ?
J’aime beaucoup la partie spectacle parce que je viens de la régie lumière. Ce que j’aime particulièrement, c’est accueillir les spectacles et faire en sorte que les équipes se sentent à l’aise en trouvant des solutions pour bien les accompagner. Accueillir un spectacle, c’est comme inviter des gens à manger chez toi : tu fais tout en sorte pour qu’ils soient bien. Et évidemment, une autre chose que j’adore, c’est de voir le résultat de notre travail – le spectacle – et de me dire qu’on a mis tous les moyens en œuvre pour que ça fonctionne pour que le public puisse en profiter.

Est-ce qu’on vous a soutenue dans votre choix de travailler dans la technique ?
Oui. Dans le spectacle en général, on ne sait jamais si on va réussir ou non alors mes parents m’ont d’abord demandé si l’intermittence n’était pas un choix trop compliqué. Mais ils ont rapidement vu que c’était vraiment une passion et que j’y passais beaucoup de temps et à partir de là, la seule exigence de ma mère était que j’ai un diplôme. Et puis je ne suis pas comédienne donc ça paraissait quand même moins compliqué.

De l’extérieur, on a l’impression que la technique est un milieu très masculin. Vous a-t-on fait des remarques sur la légitimité en tant que femme, sur votre travail ?
Oui. En plus il y a deux choses : je suis une femme et je suis jeune. Mais je me sens légitime à mon poste. Depuis que je suis en direction technique, je n’ai jamais eu de remarques, d’autant plus que je suis soutenue par la direction de la maison. J’ai eu plus des soucis au début de ma carrière mais à partir du moment où tu prouves que tu sais faire ton travail, les gens savent que tu fais l’affaire et homme ou femme, c’est pareil. Ce qui est peut-être plus embêtant par rapport à un homme, c’est que tu le prouves peut-être deux fois plus au début.

Selon vous, qu’apportent les femmes au niveau de la technique ?
Déjà, elles permettent que les équipes soient un peu plus hétérogènes donc c’est toujours mieux pour les caractères. Ça nous permet d’avancer quand on mélange, c’est toujours mieux d’avoir un groupe mixte. Qu’est-ce qu’on amène… Il y a des choses toutes bêtes. Par exemple, depuis qu’il y a des femmes dans le travail, on porte à plusieurs au lieu de porter tout seul. Au début de ma carrière, on me disait tout le temps « attends, je vais t’aider à porter » et en fait, ils se sont rendu compte que c’était beaucoup plus pratique de porter à deux que seul. Maintenant, même les gars se cassent un peu moins le dos.

Selon vous, comment sont représentées les femmes dans la création théâtrale ?
Pour moi, il n’y a pas encore assez de femmes. Quand j’ai débuté, dans la musique, j’étais exclusivement avec des équipes de mecs. Déjà, la lumière n’est pas beaucoup représentée dans les salles de concert et la plupart des régisseurs son sont des hommes. Ça devient de moins en moins vrai aujourd’hui mais il y a encore des secteurs où on n’est pas très bien représentées. Je fais attention à ça dans mon travail, je veux recruter des femmes – pas forcément pour atteindre la parité mais parce que je trouve ça important d’avoir des groupes mixtes – et malheureusement, je trouve qu’on n’a pas beaucoup de candidatures de femmes. Mais je sais qu’il y en a de plus en plus qui sont formées.

Y a-t-il une femme que vous admirez, qui vous inspire dans le monde du théâtre?
Alors, non. Mais c’est aussi parce que quand je suis arrivée, il y en avait très peu en technique. Encore aujourd’hui, il y a très peu de femmes en direction technique : je pense qu’en France, on est une dizaine. En fait, il n’y a pas vraiment de personnes, tout court, que j’admire ; je vais plus admirer des projets que des personnalités. Après, il y a des gens avec qui j’ai travaillé mais pas des grands noms. Et des femmes, pas spécialement. Mais c’est des femmes qui n’ont rien à voir avec le spectacle, oui, des femmes comme Elisabeth Badinter, des femmes qui ont lutté pour les droits de femmes, évidemment, m’impressionnent mais elles n’ont pas de lien avec le théâtre.